Novembre, 7 h 40. Je suis assis sur le muret qui borde la route entre Montalcino et San Quirico d'Orcia, et je regarde la brume se lever par plaques au-dessus des collines. Personne autour. Pas un bus, pas un photographe, pas un stand de souvenirs. C'est exactement pour ça que je ne visite plus la Toscane entre mai et août.
Ce qu'on ne vous dit pas sur que visiter dans les villages de Toscane en automne, c'est que la saison ne se résume pas à "moins de monde et des jolies couleurs". Elle fonctionne par fenêtres. Deux semaines trop tôt, vous avez encore 30 °C et des files d'attente. Trois semaines trop tard, les dernières châtaignes sont parties et la plupart des domaines viticoles ont fermé leurs visites. Et surtout : l'automne ne commence pas partout en même temps. Le Chianti, le Casentino et le Mont Amiata vivent trois automnes différents, décalés de plusieurs semaines.
Voici ce que j'ai fini par comprendre à force d'y retourner chaque année, voiture de location comprise.
Points clés à retenir
- La fenêtre idéale se situe entre la dernière semaine de septembre et la mi-novembre, mais elle varie selon l'altitude du village visé.
- Le Chianti (Greve, Castellina, Radda) culmine début octobre ; le Casentino et la forêt de Vallombrosa, plutôt fin octobre.
- Les fêtes de la châtaigne et les vendanges ouvertes au public tombent en général entre fin septembre et la Toussaint, rarement plus tard.
- Beaucoup de villages de crête (Montefioralle, Montepulciano) se visitent très bien à pied en une demi-journée, mais on y arrive presque toujours en voiture.
- Le piège classique : réserver son hébergement au dernier moment pendant le week-end de la Toussaint. Les tarifs doublent et les places partent des mois à l'avance.
- Il faut distinguer les vrais bourgs médiévaux (Montefioralle, Monticchiello, San Quirico) des villes d'art (Sienne, Arezzo) : ce n'est pas le même rythme de visite, ni le même budget.
Pourquoi l'automne change complètement la façon de visiter
Un village toscan en juillet, c'est une rue principale, deux cents personnes, et huit cents touristes. En octobre, c'est une rue principale, deux cents personnes, et vous. Le rapport change du tout au tout, et pas seulement sur le plan du confort.
Ce que j'ai remarqué au fil des années, c'est que les villages ne se donnent pas à voir de la même manière selon l'affluence. Le matin, vers 8 h, quand seules les boulangeries sont ouvertes et que les habitants sortent encore le chien, un bourg comme Monticchiello ressemble à ce qu'il est vraiment : un endroit où l'on vit. À midi, avec les cars, il ressemble à un décor.
Faut-il vraiment éviter les villes d'art pendant l'automne ?
Non, et c'est même le contraire. Sienne et Arezzo deviennent respirables précisément en octobre. Le problème n'est pas la ville elle-même, c'est l'ordre de visite. Beaucoup de gens calent Florence puis Sienne puis un village, et se retrouvent à faire les deux premières au moment où elles sont les plus saturées, pour finir épuisés.
Mon conseil, forgé à l'usage : gardez les villes d'art pour les jours de pluie. En automne, il y en a. Deux ou trois jours par semaine en moyenne sur la période. Un jour de pluie à Montepulciano, c'est une matinée perdue. Un jour de pluie au musée de Sienne, c'est une matinée gagnée. La variable météo pilote tout, l'automne, et c'est une bonne chose à condition d'accepter de ne pas tout prévoir.
Le calendrier réel, zone par zone
C'est là que la plupart des articles sur le sujet vous laissent tomber. Ils disent "septembre à novembre" comme si toute la région basculait d'un coup. Faux.
Septembre : les vendanges, mais encore chaud
La première quinzaine de septembre reste estivale en plaine et sur la côte. Dans les collines du Chianti, les vendanges battent leur plein, et certains domaines ouvrent leurs portes au public pour une journée de cueillette suivie d'une dégustation. Si vous visez ce type d'expérience, sachez que les places sont limitées et souvent réservées par des habitués d'une année sur l'autre.
Le vrai intérêt de septembre, ce sont les soirées. Vers 19 h, la lumière descend et les températures tombent d'un cran. C'est la période la plus agréable pour dîner en terrasse sans cuire.
Octobre : le mois charnière
Octobre, c'est le cœur. Les vignes virent au rouge sombre, les bois de châtaigniers jaunissent, et la lumière rasante fait ressortir les crêtes labourées. Deux événements rythment le mois : les fêtes de la châtaigne et les dernières vendanges.
Les fêtes de la châtaigne se tiennent généralement en octobre et parfois jusqu'à la Toussaint selon les villages. On y mange des marrons grillés, des gâteaux à la farine de châtaigne, du vin nouveau. Ne vous attendez pas à un événement discret : certains bourgs voient leur population multipliée le temps d'un week-end.
Novembre : la fin des couleurs et le début de la vraie saison calme
Début novembre, vous avez encore de belles journées, souvent les plus limpides de l'année. Passé la Toussaint, les feuilles tombent vite et la plupart des domaines viticoles réduisent leurs visites. Les villages eux-mêmes restent ouverts, mais beaucoup de restaurants ferment deux ou trois semaines avant de rouvrir pour les fêtes.
C'est la période que je préfère pour Montefioralle, ce hameau perché au-dessus de Greve, accessible à pied en montant depuis la route. Un anneau de maisons de pierre, une église, une vue à couper le souffle sur les vignes, et presque personne. En une heure, vous avez tout vu. C'est largement suffisant, et c'est précisément pour ça que ça vaut le déplacement.
Comparer les zones avant de choisir
Toutes les zones ne se valent pas selon ce que vous cherchez. Voici comment je les classe après plusieurs automnes passés sur place.
| Zone | Villages phares | Meilleure période | Ce qu'on y vient chercher |
|---|---|---|---|
| Chianti | Greve, Castellina, Radda, Montefioralle | Fin septembre – mi-octobre | Vignes rouges, dégustations, hameaux perchés |
| Val d'Orcia | Pienza, Monticchiello, San Quirico d'Orcia, Montalcino | Octobre | Lumière rasante, paysages de crête, silence |
| Casentino | Poppi, Bibbiena, Stia | Fin octobre – début novembre | Forêts de hêtres, châtaignes, atmosphère plus fraîche |
| Mont Amiata | Castel del Piano, Arcidosso, Santa Fiora | Mi-octobre – Toussaint | Châtaigniers, villages de pierre, air de montagne |
| Crete Senesi | Asciano, San Giovanni d'Asso | Octobre – novembre | Paysages lunaires, truffes, solitude |
En clair : si vous n'avez qu'une semaine, concentrez-vous sur un seul bloc. J'ai fait l'erreur, une année, de vouloir enchaîner Chianti, Val d'Orcia et Casentino en cinq jours. Résultat : quatre heures de route quotidiennes, et aucun village vraiment vu. La Toscane est plus étendue qu'elle n'en a l'air, et les routes de crête sont lentes.
Peut-on visiter ces villages sans voiture ?
Honnêtement ? Pour les vrais petits bourgs, non. Pas correctement.
Les liaisons par bus existent depuis Sienne, Florence et Arezzo vers les bourgs principaux, mais elles sont rares, souvent une ou deux par jour, et parfois inexistantes le dimanche. Les trains régionaux desservent bien certaines gares de la vallée, mais ils vous déposent loin des centres historiques, souvent en bas d'une colline avec plusieurs kilomètres de montée.
Ce que je recommande : baser sa voiture sur un point central et rayonner.
- Greve in Chianti pour le nord, à une trentaine de minutes de Florence.
- San Quirico d'Orcia ou Pienza pour le sud, avec accès rapide à Montalcino et Montepulciano.
- Poppi pour l'est, porte d'entrée du Casentino.
Louer une voiture pour la semaine revient souvent moins cher que d'enchaîner des transferts privés. Et il faut accepter une chose : dans ces zones, on roule lentement. Les routes de crête n'ont pas de ligne droite, jamais. Comptez le double du temps que Google Maps annonce, surtout si vous vous arrêtez pour photographier, ce qui arrivera forcément.
Où dormir pendant la haute saison automnale ?
Pas dans les villages eux-mêmes, en général. Les hébergements intra-muros sont peu nombreux et chers. Mieux vaut viser les agriturismi à quelques kilomètres, souvent dans des fermes viticoles, avec un rapport qualité-prix bien meilleur et une vue qui, elle, ne coûte rien.
Deux points pratiques que j'ai appris à mes dépens. D'abord, réservez tôt, surtout autour de la Toussaint : c'est le week-end le plus chargé de l'automne. Ensuite, beaucoup d'agriturismi imposent un séjour minimum de deux ou trois nuits en saison ; vérifiez avant de rêver d'une nuit unique.
Trois erreurs que j'ai commises
La première : croire qu'un village "à voir" se visite en une journée entière. Monticchiello, c'est un village de quelques centaines d'habitants. Vous en avez fait le tour en deux heures. Le reste du temps, vous le passez à marcher aux alentours, ce qui est précisément l'intérêt — la campagne autour compte autant que le bourg.
La deuxième : sous-estimer le froid en altitude. Le Mont Amiata grimpe, et en octobre, la différence de température avec la vallée est réelle. On part en chemise le matin à Castel del Piano, on grelotte l'après-midi au sommet. Une couche supplémentaire dans le sac, systématiquement.
La troisième, la plus bête : arriver à midi. Les villages de Toscane se visitent le matin ou en fin d'après-midi. Entre 12 h et 15 h, les groupes débarquent, les ruelles saturées saturent, et l'atmosphère qu'on était venu chercher s'évapore. Se lever tôt, traîner le soir. C'est tout.
Il reste une chose que la plupart des guides ne transmettent pas : en automne, la Toscane se savoure moins qu'elle ne s'éprouve. On n'y coche pas des sites. On y marche, on y mange, on y attend que la brume se lève. Ceux qui cherchent à rentabiliser chaque heure repartent frustrés. Ceux qui acceptent de rester immobiles un moment finissent par comprendre pourquoi on y retourne.
La vraie question n'est peut-être pas quel village visiter. C'est : accepterez-vous d'en voir un seul, correctement, plutôt que six mal ?