Il est 14 h 20 et le soleil se couche déjà. Je suis assis sur un rocher couvert de neige, quelque part près de Vík, et je réalise que je viens de perdre la moitié de ma journée à admirer une cascade gelée que j'aurais pu voir en quinze minutes. Voilà la véritable leçon de l'Islande hivernale : ce n'est pas la destination qui compte, c'est la lumière. Elle vous donne environ cinq heures en décembre. Six en février. Et elle ne vous préviendra pas qu'elle part.
Quand on me demande quoi faire en Islande en hiver, je réponds toujours la même chose : d'abord, acceptez que vous ne ferez pas tout. Ensuite, choisissez trois activités nature qui utilisent la lumière disponible, un point c'est tout. Le reste, c'est du marketing de tourisme.
Points clés à retenir
- La journée utile en décembre tourne autour de 4 h 30 à 5 h de lumière : deux activités maximum par jour, pas cinq.
- Les routes F intérieures sont fermées de novembre à juin, sans exception. Le 4x4 n'y change rien.
- Les excursions (grottes, aurores, baleines) s'annulent pour cause de météo — prévoyez un jour tampon.
- Le froid n'est pas le problème principal. Le vent l'est, et il décide de tout.
- Un tour de l'île en hiver demande au minimum 8 jours. En 4 jours, restez au sud.
- La lagune de Jökulsárlón se visite gratuitement depuis la rive : la navigation en bateau amphibie, elle, ne fonctionne pas en hiver.
Les vraies activités nature à faire en Islande en hiver (et celles qu'on vous survend)
Le premier hiver que j'ai passé là-bas, en 2023, j'avais réservé six excursions en huit jours. J'en ai fait deux. Les autres ont été annulées par des tempêtes qui, franchement, me paraissaient anodines depuis mon hôtel — jusqu'à ce que je voie un panneau de signalisation plié en deux par le vent sur la route 1.
Depuis, j'ai compris un truc simple : les activités hivernales islandaises se divisent en trois catégories. Celles qui dépendent de la lumière (glaciers, côtes, cascades). Celles qui dépendent de la nuit (aurores). Et celles qui dépendent de la météo, donc de rien de prévisible. Vous ne pouvez planifier que les deux premières.
Les grottes de glace : oui, mais pas n'importe où
Tout le monde veut la grotte bleue de Vatnajökull. Je comprends. Mais voilà ce qu'on ne dit pas assez : ces cavités se forment et disparaissent chaque hiver, et une grotte superbe en février peut être un tunnel d'eau brune en mars. Les guides locaux en ouvrent de nouvelles chaque saison, entre novembre et mars seulement.
Deux choses à vérifier avant de payer :
- Avec quel type d'opérateur vous partez — un petit groupe (8-10 personnes) ou un bus de 40.
- Si le tarif inclut les crampons et le casque. Presque toujours oui, mais "presque", ça compte.
Comptez la journée entière, même si la visite dure deux heures. Le trajet depuis Reykjavík ou depuis Höfn mange le reste. J'ai vu des gens arriver à 15 h 30 en pensant pouvoir enchaîner sur la lagune glaciaire derrière : ils ont vu un mur noir.
Les aurores boréales : la seule activité honnête de l'hiver
C'est ironique, mais le spectacle le plus vanté de l'Islande est aussi le seul qu'aucun opérateur ne peut garantir. On m'a déjà remboursé deux chasses aux aurores sur trois. La troisième, j'ai attendu trois heures dans une prairie à -12 °C avec un thermos de café qui a fini par geler de toute façon.
Et là, surprise : elles sont arrivées. Faibles, vertes, à peine visibles à l'œil nu. J'ai pris la photo de ma vie. Le lendemain, depuis le parking de mon hôtel à Selfoss, elles ont rempli tout le ciel — sans que j'aie rien payé.
Ce que je retiens après plusieurs hivers :
- La saison va de fin août à mi-avril, mais les nuits vraiment longues commencent en octobre.
- Il faut un ciel dégagé, pas juste une nuit. C'est ça qui manque, pas l'activité solaire.
- Les applis de prévision donnent un indice qui monte et descend heure par heure. Un pic à 2 avec ciel clair bat un pic à 6 sous les nuages.
- Le sud-ouest est plus souvent couvert que le nord-est. Ça change tout.
Franchement, si vous ne voyez pas d'aurores, rien n'est perdu. La Voie lactée en janvier au-dessus d'un champ de lave, c'est déjà quelque chose.
Les contraintes que personne ne vous explique avant le départ
Les températures en Islande en hiver tournent souvent entre -2 °C et +4 °C à Reykjavík. Ça paraît doux. C'est un piège mental. Le ressenti, avec un vent de 15 m/s, tombe dix degrés plus bas sans prévenir, et aucune polaire ne compense une écharpe mal mise.
Conduire en hiver : ce qui est vrai, ce qui est exagéré
On lit partout que la route 1 est impraticable. Faux, dans l'immense majorité des cas. Elle est déneigée, dégagée, et praticable en voiture normale si vous restez dans le sud-ouest et le sud. Le vrai problème, ce sont trois choses :
- Les routes F (intérieures, pistes) : fermées de fait de novembre à juin. Un 4x4 ne vous ouvre pas la porte, la neige la garde close.
- Les cols de montagne entre le nord et l'est, qui ferment ponctuellement quelques heures ou quelques jours.
- Le verglas noir, invisible sur l'asphalte, surtout à l'aube quand la lumière rasante ne le révèle pas.
La règle que je me suis donnée après avoir failli sortir de route près de Borgarnes : si le site de la sécurité routière affiche un col en rouge, je dors sur place et je repars le lendemain. Ça m'a coûté une nuit d'hôtel imprévue. Ça m'a évité bien pire.
Que peut-on vraiment faire en 4 jours en Islande en hiver ?
Quatre jours, c'est court. Vraiment court. En hiver, ça veut dire : un jour à Reykjavík et sa péninsule proche, deux jours sur la côte sud jusqu'à Vík ou Jökulsárlón, un jour tampon pour la météo. Point.
Voilà la répartition que je conseille, testée deux fois :
| Jour | Zone | Activité nature clé | Durée lumière utile |
|---|---|---|---|
| 1 | Reykjavík → Þingvellir → Geysir | Faille tectonique, sources chaudes | ~5 h |
| 2 | Côte sud : Seljalandsfoss, Skógafoss, plage noire | Cascades gelées, falaises | ~5 h |
| 3 | Vatnajökull / Jökulsárlón | Grotte de glace ou lagune | ~4 h 30 |
| 4 | Retour + Blue Lagoon ou Sky Lagoon | Baignade géothermale | ~5 h |
Vous remarquerez que je n'ai mis aucune chasse aux aurores dans ce planning. C'est volontaire : elles s'insèrent le soir, pas dans une case horaire. Et elles se méritent.
Sortir des sentiers saturés : trois alternatives qui valent le détour
Jökulsárlón, le Cercle d'Or, la Blue Lagoon. Tout le monde y va, et tout le monde a raison d'y aller une fois. Mais si vous avez déjà vu les photos mille fois et que vous cherchez autre chose, voici ce que j'ai trouvé en explorant par moi-même.
La péninsule de Snæfellsnes : l'Islande en miniature, sans la foule
À deux heures de route de Reykjavík, cette péninsule concentre falaises basaltiques, plages de sable noir, un glacier sommité et des villages de pêcheurs où le café coûte deux fois moins cher qu'à la capitale. En février, j'y ai croisé plus de phoques que de touristes. C'est rare, en Islande.
Les fjords de l'Est : le silence, littéralement
Seyðisfjörður en janvier, c'est une rue colorée, douze habitants visibles et une neige qui absorbe tous les sons. J'ai marché quarante minutes sans entendre autre chose que mes crampons. Ce n'est pas une activité spectaculaire. C'est mieux.
Landmannalaugar : n'y allez pas en hiver (et pourquoi c'est important)
On voit passer des articles qui suggèrent cette zone pour ses sources chaudes naturelles. En hiver, l'accès est fermé, et la randonnée est purement et simplement dangereuse sans guide expérimenté et équipement alpin. Si un blog vous dit le contraire, il n'y est jamais allé en janvier.
Équipement et sécurité : la partie qu'on saute toujours
Je vais être direct : si vous partez sans crampons à crampons — ces pointes qu'on fixe sous les chaussures —, vous allez tomber. Pas "peut-être". Vous allez tomber sur les sentiers gelés de Þingvellir ou de Skógafoss, parce que ces lieux sont tous en pente et tous verglacés.
Ma liste minimale, après plusieurs hivers :
- Chaussures montantes imperméables, pas des baskets de randonnée d'été
- Crampons à pointes (30-40 € en France, indispensables)
- Couche coupe-vent imperméable par-dessus, jamais en dessous
- Bonnet qui couvre les oreilles, gants imperméables (pas en laine seule)
- Batterie externe pour téléphone : le froid vide un smartphone en deux heures
- Numéro d'urgence 112 enregistré, et l'appli de sécurité islandaise installée
Un détail que j'ai appris à mes dépens : ne laissez jamais votre téléphone dans une poche extérieure. Il s'éteint. Vous vous retrouvez sans GPS au milieu d'une route blanche, et vous comprenez alors pourquoi les Islandais roulent toujours avec une couverture dans le coffre.
Décembre, janvier ou février : quelle période choisir ?
La question revient à chaque fois. Voilà ma réponse honnête, sans chiffres marketing.
Décembre offre les nuits les plus longues — donc le meilleur potentiel aurores — mais la lumière naturelle est misérable (4 à 5 heures), et les fêtes ferment beaucoup de choses. Janvier reste sombre, mais les tarifs baissent et les routes sont mieux dégagées. Février est mon préféré : environ 7 heures de jour, moins de tempêtes, et les aurores sont encore bien visibles. Mars prolonge le tout avec des journées presque normales.
Si vous ne pouvez choisir qu'une fenêtre et que vous voulez les deux — lumière et aurores —, visez la deuxième quinzaine de février. C'est le compromis que je conseille systématiquement, et que je prends moi-même quand je réserve.
Ce qu'on ne dit pas assez sur l'Islande en hiver
Le véritable luxe, ici, ce n'est pas de cocher des cases. C'est d'accepter de ne pas savoir ce que vous ferez demain. Une tempête peut tout annuler. Un ciel dégagé peut tout offrir. Cette imprévisibilité, qui rend fou certains voyageurs, est exactement ce qui m'a fait revenir trois hivers de suite.
Alors, la prochaine fois qu'on vous demandera ce qu'il faut absolument faire en Islande en hiver, ne répondez pas "Jökulsárlón". Répondez : arrivez avant le lever du jour, choisissez deux choses, et laissez la météo écrire le reste. C'est le seul planning qui tient.